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L'Agrithéâtre,

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le lieu culturel qui se construit avec ceux qui sont là


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Publié par Agrithéâtre sur 27 Décembre 2019, 11:16am

Mort de Claude Régy : l’épure comme une grâce

 

Intégrité, sens du mot et du silence… les mises en scène de Claude Régy, mort le 26 décembre, en imposaient par leur rigueur parfois austère. Mais, longtemps après que le rideau était tombé, la force de sa vision du théâtre vous habitait profondément.

  • Emmanuelle Giuliani, 
  •  

 

Mort de Claude Régy : l’épure comme une grâce
 
Le metteur en scène Claude Régy.JOEL SAGET/AFP

 0 Pour lui le théâtre était un état d’âme et d’intelligence et certainement pas un divertissement. Le texte, tout le texte, rien que le texte. Pas tout à fait cependant, tant les ombres et la lumière, le travail sur le silence et les timbres des voix des comédiens apportaient à ses spectacles une sensualité certes retenue mais entêtante. Sans doute parce que Claude Régy faisait confiance au spectateur, exigeant beaucoup de sa capacité à se laisser prendre par la magie du théâtre et le pouvoir de l’imaginaire.

 

Né à Nîmes en 1923 dans une famille de la bourgeoisie protestante, le jeune homme tâte du droit et des sciences politiques avant que l’art dramatique ne le détourne de l’université, au grand dam de ses parents. À Paris, il suit notamment l’enseignement de Charles Dullin avant de devenir l’assistant d’André Barsacq au Théâtre de l’Atelier. S’il se frotte aux textes classiques, sa prédilection le porte vers la littérature contemporaine, celle de Marguerite Duras ou Nathalie Sarraute dont la prose forge son style à l’esthétique janséniste. Les comédiens l’apprécient, de Delphine Seyrig à Michel Bouquet. Un certain Gérard Depardieu, inconnu de 24 ans, débute sous sa direction et sera à l’affiche de six pièces mises en scène par Claude Régy, dont La Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke.

 

Infatigable malgré le grand âge - il avait encore monté Rêve et Folie de Georg Trakl en 2016 - Claude Régy évoquait la mort avec noblesse et familiarité : « J’ai toujours vécu en intimité avec la mort. J’ai travaillé autant sur elle que sur la vie. Peut-être plus encore. L’origine du théâtre, l’organisation du monde imaginaire, la poésie sont totalement dans sa dépendance. »

 

  • Emmanuelle Giuliani, 

 

Je me souviens à Chaillot en 1984 d'un "Par les villages" de Petre Handke, où comme à son habitude la moitié de la salle partait à l'entracte. Je suis resté. Et lors du monologue de Nova, à la fin du spectacle j'ai compris pourquoi j'étais resté : j'étais inexplicablement en larme devant cette jeune comédienne qui tremblait de tout son corps, dans un monologue préfigurant le désastre climatique et humain auquel nous assistons. 

Régy quand on lui disait "mais la moitié du public quitte la salle dans tout vos spectacles, à l'entracte"  répondait. "mais je ne m'adresse qu'à ceux qui restent"

Au théâtre, comme dans la vie, il y a une élégance a avoir ou pas.

Il l'avait.

Benjamin Sisqueille

 

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