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L'Agrithéâtre,

L'Agrithéâtre,

le lieu culturel qui se construit avec ceux qui sont là


Publié depuis Overblog

Publié par Agrithéâtre sur 29 Décembre 2022, 12:49pm

Le Groupe de théâtre, qu’est ce que cette chose  et aurait elle une Loi ?

Une relecture de Peter Brook, me re-questionne encore sur ce qu’est le « groupe de théâtre ». Déjà l’idée de groupe. En mathématique un groupe est un ensemble munit d’une loi de composition interne possédant trois propriétés principales : associativité, élément neutre, et élément symétrique. Peut on appliquer ces lois et propriétés au groupe de théâtre ? Et qu’en déduire ?

Je ne me permettrai pas de développer de façon très précise ces questions qui sont complexes et demanderaient une précision métaphorique qui pourrait s’avérer hasardeuse. Je ne ferai ici qu’esquisser ce que mon expérience de mathématicien et d’homme de théâtre m’indiquent.

S’il y a loi, il y a règle. Cette loi est de composition interne, donc ce qui s’y opère ne sort pas du groupe. Il y a donc une notion de secret dans le groupe. Qui dit secret dit silence. Le silence est autour du travail, et Brook signale très bien, que ce qui lient les membres ( éléments ) du groupe c’est la peur. La peur de « se » risquer. A quoi ? A se dévoiler, à délier, défaire, détruire des défenses qui nous constituent comme « paraitre », et garantissent notre place dans une société dite de raison. Le théâtre questionne la raison.

Le théâtre comme questionnement de la raison, ce peut même en être une définition qui nous convient.

Il y a une peur de perdre la raison, mais aussi une attirance. Dans l’espace du théâtre, nous sommes exposés à l’autre, mais nous le supposons sans jugement. Cela fait partie de la Loi de composition interne. Nous sommes dès lors conventionnellement dans un espace où s’exerce une liberté absolue, et la peur vient de notre propre censure.

Définir la loi qui nous constitue comme groupe n’est pas simple. J’oserai dire que c’est l’acte de jouer. Notons * celle loi, et convenons ensemble que si x et y sont des éléments du groupe (je ne dirai pas des acteurs c’est trop tôt) X*Y signifie X joue avec Y. Cette loi peut et doit être commutative car si X joue avec Y, Y joue avec X, mais ce n’est pas systématique. Il va sans dire que la loi "joue avec" est définit par un maitre du jeu que ce soit Grotowski, Stanislavski, Strasberg, etc...suivant un protocole d'exercices, visant à une maitrise technique de l'art de l'acteur. 

Ce qui va lier les éléments-acteurs du groupe c’est le jeu, c'est-à-dire proposer un quantum d’imaginaire (gestuel, textuel, sonore) qui va déclencher chez l’autre une modification de son être. Et si j’emploie le mot « être » ici, c’est que je ne sais pas faire autrement, et donc que je puis induire de l’erreur. Mais admettons la modification de l’être. Cette modification est un choc, induisant la peur, une réaction, un auto jugement et ne peut se « jouer » que dans le groupe, dont c’est la loi : jouer. La symétrie est une garantie de la loi. Mais cette loi du jeu doit être entourée de silence, de non commentaires, et doit, et c’est Brook qui l’affirme, induire la « confiance » dans le groupe. D’où la possibilité de « laisser » de côté la raison, pour accéder à un autre état d’être ( transe, état de conscience modifié) mais dès lors dans la « sécurité » qu’offre le groupe. Sous bien sûr la direction d’un superviseur qui est le directeur de jeu. En qui on remet la « création de la confiance », et sans qui le groupe n’a pas de référent et donc n’existe pas en tant que groupe.  

En fait le groupe n’existe que si cette loi est respectée. Si la confiance est contestée, pour des raisons de peur, de manque de confiance en soi, le membre du groupe est hors la loi, la symétrie est détruite et donc la loi perd sa propiété. Le membre s’exclu de lui-même. Ou l’est par les membres du groupe, ce qui alors devient d’une violence destructrice.

Les professionnels et les amateurs diffèrent principalement par la conscience que cette loi est nécessaire au travail, et au développement personnel de chacun, pour arriver à un résultat qui va dévoiler une intimité de qualité.

Le résultat, spectacle, rendu de travail, happening, etc… est en soi secondaire par rapport au travail qui seul réunit le groupe et le constitue intrinsèquement. Dès que le travail cesse, le groupe se dissout, car n’est plus qu’orienté vers la répétition du résultat, le figeant dans un objet qui n’est plus qu’une mémoire d’avoir « joué ensemble ».

Faire parti d’un groupe de théâtre demande une conscience quasi métaphysique de la relation humaine. Et le soin que cela demande passe peut être par ce « vaincre sa peur de questionner la raison ».

 A commencer par la sienne propre.  (à suivre ) 

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