le lieu culturel qui se construit avec ceux qui sont là
Il y a ce phénomène passionnant, au XXI° siècle, d’assister à la tentative désespérée d'un groupe de théâtre, de se réunir physiquement. A savoir de simplement trouver un jour commun, ce qui semble statistiquement irréalisable au delà de douze personnes. C’est à dire que l’incarnation visée, celle de se retrouver physiquement, passe par un outil, une « application », terme quasi métonymique de la tentative visée ( S'appliquer à se réunir) . L’outil s’appelant « Whatsapp ». Le nom WhatsApp est un clin d’œil à la formule « What’s up? » « (Quoi de neuf ? Qu'est-ce qu'il y a ? ») . Cet outil est un outil dit de communication, passant par l’écriture, par de l'absence donc, de la différance, et supposé faciliter la réunion, autour d’un projet commun, d’individus séparés par une certaine distance et des activités différentes. .
Au bout d’un temps, chacun renvoit son problème personnel, causant l’impossibilité de la réunion ; la succession des impossibilités devient peu à peu une espèce de jeu, un combat d’impossibilités de présences individuelles, en vue d’une présence collective dans le projet en cause. Du coup l’application s’hystérise en tout un tas de micro signaux négatifs visant un résultat positif, ce qui a pour résultat d'exaspérer une partie des protagonistes qui elle, répond présent, en sacrifiant bien sûr du personnel au collectif, ou en se manifestant par du silence, voire de l'humour.
Il faut bien comprendre que l’acte d’être présent physiquement au XXI° siècle devient un problème du fait même que nous déléguons nos présences à des outils qui ne construisent, de part leur technologie, que de l’absence à défaut d'ubiquité. Il semblerait donc qu’une "révolution" par les réseaux sociaux soit une aporie de plus dans notre monde « connecté » à des pouvoirs qui ne visent qu’à l’illusion de la présence.
Un groupe de théâtre est, par essence, narcissique. Ce narcissisme efface, en fin de compte, à la fois le commun, et finalement le projet, pour ne manifester qu’un résidu . Ce résidu est une mise en avant hystérique des égos qui s’oublient dans l’écriture de messages ne visant de fait, et à l’insu de leurs scripteurs, qu’à presque saborder le projet lui même ; la chose étant faite avec un outils de déshumanisation qui nous place dans des procédés d’individuations technologiques que nous adoptons pour des raisons pratiques, mais dont le pratique finit par devenir la destruction d'une parole, donc d'une présence, là encore on voit l'effet de la séduction perverses des "applications" qui nous dominent. Nous aimons en fait ces dominations. Et en justifions les existences.
Le terme "pharmakon" en Grec ancien, signifie remède et poison. WhatsApp est un pharmakon.
Ceci étant bien évidemment très loin d’un acte théâtral, qui est par essence un acte de présence physique, et non la possibilité d’un acte de différance , à savoir de dé-corporation. Ainsi devenons nous des fantômes. Serions nous déjà morts ? Empoisonnés par ces applications qui soignent notre confort et contribuent à une relationnalité efficace, si je puis me permettre ce barbarisme.
Ainsi nous annonce t on une "révolution " pour le dix septembre, en France, après la démission plus qu'annoncée d'un ministre. Alors surgissent des images ridicules de naîveté d'un ministère de l'intérieur attaqué par des blacks block, bref une théâtralisation sur les chaines U-Tubées de désinformations préparant ainsi des opinions hystérisées à justifier les actions répressives de gouvernement fascisants.
Tout cela m'invite à penser que le "peuple" est loin d'être autonome, et que les individus que nous sommes devenus, pétris dans une pâte de haine de l'humanité par des pouvoirs aux projets cyniques ( médiatiques, génocidaires ) ne sont pas prêts de renverser le mouvement pris par l'"homme" depuis cette nuit des temps qui a façonné nos émotions, nos armes, nos peurs, notre tendresse, et le langage, bref un destin sans cesse différés par la mort .
La société n'est plus qu'un spectacle mis en scène par les oligarques des médias. Curieuse façon de détruire l'avenir, en en différant sans cesse le réel.
Nous allons nous réunir certes, finalement, mais dans quel but ? En quoi sommes nous un "groupe". Et qu'est ce qu'un groupe ? Suivant l'illusion démocratique de Whatssap, nous somme tous "administrateurs" du groupe. Mais "Whatssap ignore tout de "ce qui lie les membres du groupe". Soit une relation totalement interne liée à un projet artistique. Ce qui, de fait, n'est pas le cas. En mathématiques la loi qui lie les éléments du groupe se nomme loi de composition interne . Or un groupe de théâtre est (voir un de nos articles dans le blog ) une structure dissipative, à savoir qu'il a des relations avec l'extérieur. Il semble bien évident que les programmateurs de Whatssap doivent ressembler plutôt à des "Smith" de Matrix, à savoir des néo- fachos qui n'ont pas eu connaissance de l'existence d'Evariste Gallois ( créateur de la théorie des groupes, mort en duel à 20 ans après avoir rédiger la fameuse "théorie des ensembles".
( à suivre )