le lieu culturel qui se construit avec ceux qui sont là
Que veux dire « direction d’acteur » ? Les seuls visiblement qui ne savent pas parler de la chose sont en général les journalistes. L’acteur fait un étrange travail. Il y a chez l’acteur la recherche d’un état de transe, avant toute chose. C'est-à-dire qu’il n’est plus lui-même. Il se décolle de lui. Du soi. Il se prête à l’autre. C’est un exercice extrêmement difficile. Certains acteurs font semblant, on les voit à l’œuvre, on n’est pas dupe, on ne fait que jouer le jeu qu’ils proposent. D’autres acteurs nous troublent. Maria Casarès dans Lady Macbeth à Avignon, Serge Merlin dans Lear, Depardieu dans ce patron de bar alcoolique amoureux des alexandrins, mais Gabin fait du Gabin, et puis cet acteur étrange, Louis Jouvet, théoricien de l’acteur, interprète inoubliable au théâtre et au cinéma, ce qui n’est pas la même chose, le même jeu, la même urgence. Jouvet a ses « trucs », son « ton », son style et sa voix si particulière, dont il sait user avec une finesse et une élégance parfaite. La frontière chez l’acteur entre le « mentir vrai » et « la transe » est parfois très mince. Je crois dès lors qu’il s’agit d’un métier. De savoir la technique, connaitre l’endroit où l’on se laisse aller, où l’on s’abandonne au texte du personnage. Quand je conduit un acteur vers son « endroit » possible, c'est-à-dire à ce que , directeur d’acteur, je soupèse de ses possibilités de pouvoir être dans un « état » entre la transe et la technique, qu’en est il de la confiance de l’acteur, de son désir d’incarner, encore un mot délicat qui est de l’ordre du désir hors narcissisme, qu’en est il se son rapport au texte, à l’amour du texte qui rend possible le jeu, la création.

Qui, ou qu'est ce qui, m’autorise à faire ce que je fais ? Ça c’est la question fondamentale, et si nous n’avons pas accueilli l’autre, eh bien, nous ne pouvons pas lui faire subir ce que nous lui faisons subir souvent, il faut attendre que l’autre nous donne l’autorisation, alors là nous pouvons y aller. Tout ceci nécessite cette éthique de base qui est celle de : « être là » ; je suis là, et je suis responsable de ce que je pense.
L’accueil restant le pilier de la relation entre l’acteur et le metteur en scène. Mais aussi il est pour cela nécessaire que l'acteur soit dans la conscience de ce qu'est le théâtre philosophiquement, humainement, socialement.
Certainement un acte d'une certaine violence. Où nos identités subissent des remises en question parfois essentielles.