le lieu culturel qui se construit avec ceux qui sont là
Incroyable chercheur que ce Jacques LACAN, si décrié de nos jours et pourtant, quand on prend le soin de le lire, avec une motivation sérieuse, et une volonté acharnée de comprendre sa pensée et sa parole, car il s'agit de parole de séminaires, on le voit analyser l'homme avec un cynisme terrible.
Lors de son séminaire , il expose un schéma, sorte de cartographie des directions du discours, et des signifiants que ce discours croise ou non. Il en ressort ce schéma célèbre qu'il cite dans l'extrait qui suit .
Il y pose plusieurs flèches directionnelles indiquant le flux du discours et celui de la chaine signifiante. Ceux ci se croisant, il y a alors production de sens ( recherche de vérité ) ou alors simplement des éléments de messages quotidiens, tels que le deviennent les SMS de nos jours au niveau de l'écrit, qui lui supprime la parole vivante. Je joint ici pour les curieux le schéma en question
/image%2F1183333%2F20260131%2Fob_30a93d_sans-titre-1.jpg)
"La plupart du temps aucune vérité n'est annoncée, pour la simple raison que le discours [ δ → δ’] ne passe absolument pas à travers la chaîne signifiante [γ → A], qu'il est le pur et simple ronron de la répétition et du moulin à paroles, et qu'il passe quelque part en court–circuit entre β et β', et que le discours ne dit absolument rien, sinon de vous signaler que je suis un animal parlant. 17 C'est le discours commun de ces mots pour ne rien dire, grâce à quoi on s'assure qu'on n'a pas en face de soi affaire à simplement ce que l'homme est au naturel, à savoir une bête féroce."
J. Lacan Séminaire " production de l'inconscient". 1958-59
Dans la présente citation, difficile car extraite de son contexte, il nous expose que pour qu'un discours soit porteur de sens il faut que la chaine du discours, croise ( coupe ) la chaine signifiante. La chaîne signifiante en tant qu'elle reste entièrement perméable aux effets proprement signifiants de la métaphore et de la métonymie, ce qui implique l'actualisation possible des effets signifiants à tous les niveaux, à savoir particulièrement : - jusqu'au niveau phonématique, - jusqu'au niveau de l'élément phonologique, - de ce qui fonde le calembour, le jeu de mots…En effet , ce concepts de chaine signifiante permet tout les jeux, sonores, les figures de styles, par les systèmes associatifs permettant au locuteur cette coupure du discours avec le signifiant qui glisse le long du discours, et du coup, introduit dans le propos du locuteur la possibilité du sens. Autrement dit un processus de sémiose, de production de sens. A moins, nous ne disons rien.
Mais dans nos quotidiens, la plupart du temps , il s'agit de ce que Lacan appelle le moulin à parole qui n'a comme production de sens, que de se signaler comme animal parlant, produisant des mots pour ne rien dire, et Lacan de terminer par cette affirmation cynique et magnifique : grâce à quoi on s'assure qu'on n'a pas en face de soi affaire à simplement ce que l'homme est au naturel, à savoir une bête féroce.".
La parole est un risque, car on croise la chaine signifiante de l'autre, dès lors on n'est pas compris, l'autre impose un autre sens, et tant mieux. Quant à parler des langues différentes et traduire du "sens", alors là le défit est immense, et l'intérêt grandiose. Lacan avait bien perçu que l'inconscient était à l'oeuvre dans une subduction de la conscience qui faisait dès lors de nous des sujets divisés, et que parler à l'Autre est salutaire, quitte même à prier. Pourquoi pas.
Chasser le naturel, il revient au galop.