le lieu culturel qui se construit avec ceux qui sont là
De l’inutilité de la culture.
De nombreuses coupes dans les subventions à divers festivals et autre événements dits « culturels » ont été menées dans notre pays, subventions nationales mais aussi régionales et départementales.
Que l’on privilégie le « patrimoine », afin que les traces du passé historique de notre beau pays ne s’écroule en poussière est une bonne chose, bien sûr, et rassure notre sentiment que rien ne change, tout perdure, sentiment conservateur très rural propre à une façon de penser le monde. Mais le monde change, l’esprit des temps avec lui, et au-delà de la nécessité touristique de nos départements d’occuper l’ennui du touriste afin que ce dernier s’émerveille, il existe une façon de donner à réfléchir, à penser, en revisitant le répertoire, mais aussi des inventions événementielles artistiques nouvelles, source de tout autant de surprise et de découvertes. Certaines compagnies de théâtre voient leurs subventions supprimées par des élus qui ne vont jamais au théâtre, comme si cette démarche ne les concernait pas.
J’ai assisté récemment dans une école d’acteurs, à la représentation de « mesure pour mesure » de Shakespeare par de jeunes adolescents, très bien jouée et mise en scène, et, non seulement cet acte théâtral resserre les liens humains de cette jeunesse, et lui donne la notion du « commun » si impactée de nos jours, mais qui plus est la pièce parle du pouvoir, de la délégation du pouvoir, de son glissement vers la dictature, de trahisons, d’abus sexuels, et de tout un tas d’autres vecteurs sociaux on ne peut plus actuels, à tel point qu’on croirait la pièce écrite hier. Le spectateur touriste de passage voyant un tel spectacle ne pourrait que s’interroger sur Shakespeare, qu’il n’a certainement jamais lu, ni vu, et penser que la modernité que l’on nous « vend » date de plus de trois siècles. Mais le même touriste se verra guidé vers un bal Folk country, avec force majorettes, assez dénudées histoire de nous rappeler que la culture Américaine est une arme de colonisation.
Quand nos élus ruraux s’obstinent à faire des économies sur des petites structures culturelles qu’ils ne fréquentent pas, cela s’appelle non seulement de l’inculture, mais aussi du racisme. Ce fameux « Ce n’est pas pour nous » replis nos territoires sur les restes d’une ruralité ancienne, qui possède elle-même une « culture ancestrale » dont ces mêmes élus pourraient conserver la mémoire, en diffusant des installations, des événements, des expositions, du théâtre pour la faire connaître. Il va sans dire que ces mêmes élus locaux n’ont aucune imagination et contribuent, pensant qu’afficher des vedettes dans leurs théâtres municipaux c’est cela la culture, à faire jouir «la bourgeoisie locale» et ils en sont conscients.
Je tiens également à rappeler que les coupes budgétaires s’associent désormais à une application de normes sécuritaires aveugles qui suppriment des lieux de culture pour des raisons ridicules, et déshumanisantes.
La culture et l’art ne sont que les seules choses qui nous permettent encore de penser et d’enseigner aux enfants des outils de réflexion afin de construire un esprit critique. Supprimer des aides et favoriser les initiatives dites culturelles quelles qu’elles soient, sans discernement autre que cette vue raciste et fermée, c’est empoisonner l’époque et faire le jeu des pouvoirs qui nous écrasent et dont ces mêmes élus se plaignent.
L’Agrithéâtre aimerait bien que lors de son assemblée générale ces questions soient posées et qu’une pétition soit rédigée collectivement, sur une base proposée à l'approbation ou pas des adhérents qui sera ensuite adressée à la communauté de commune, à la mairie et au préfet.